L'Eglise

Saint Pierre

 

 

 

 

Portail de l’église actuellement.

 

Historique

 

    Jean III, baron de Mailly, Comte d'Avignon, seigneur de Bouillancourt et Montdidier et autres lieux, gouverneur du comté d'Eu et de la baronnie de St Valery, naquit vers l'an 1427 de Jean II de Mailly et de Catherine de Mametz. Il reçut la seigneurie de Mailly avec celle de Colincamps et de Martinsart par donation de son père le 28 mars 1463. Il fût fait chevalier au sacre de Louis XI où il assista le 15 août 1461 et il y a remplit les fonctions de pair de France, de même qu'au sacre de Charles VIII qui le fit chevalier de St Michel. Successivement Chambellan de Charles VIII et de Louis XII, il mourut le 22 mai 1505 et fût inhumé dans la chapelle du couvent des Cordeliers que lui-même avait fondé.

 

    Le 5 octobre 1479 il avait épousé Isabeau d'Ailly, fille de Jean d'Ailly, vidame d'Amiens, seigneur et baron de Picquigny, Raineval et autres lieux, et d'Yolande, fille naturelle de Philippe le Bon, ce qui apparentait la famille de Mailly à la royale Maison de Bourgogne. Isabeau survécu à son mari jusque vers l'an 1519.

 

    C'est à elle que la tradition attribue la reconstruction de l'église paroissiale de St Pierre de Mailly. La preuve est d'ailleurs inscrite dans le monument lui-même où elle y figure en donatrice dans l'une des parties les plus remarquables du portail qu'on appelle dans le pays l'oratoire d'Isabeau d'Ailly. Le fait qu'elle y soit représentée seule permet de conclure que la reconstruction a eu lieu après son veuvage, c'est-à-dire entre 1509 et 1516. Cette reconstruction nous offre ainsi, au moins dans les parties conservées depuis cette date, un remarquable exemplaire de la sculpture picarde d'art religieux et du commencement du XVIe siècle.

 

    L’œuvre d'Isabeau d'Ailly a toutefois subi les outrages du temps : avaries subies durant les guerres du XVIe siècle, incendies allumés dans le village par les Hongrois et les Croates de Jean de Werth en 1636, autre incendie violent qui en 1663 consuma aussi une partie du village et des dépendances du château? A la suite de se désastre, on reconstruisit l'édifice avec économie en conservant de l'ancien ce qu'on a pu.

 

 

 

 

 

Description

 

    Des explications qui précédent, il résulte que de l'édifice élevé par Isabeau d'Ailly au commencement du XVIe siècle, il ne subsiste intact que le portail de style gothique flamboyant. Bien que ce portail ait fait l'objet en 1844 de restaurations qui n'ont pas toujours été heureuses de la part d'un architecte picard Théophile Caudron qui avait été chargé de la restauration des sculptures de la Cathédrale d'Amiens et d'autres églises de la région, on peut dire que le portail de Mailly témoigne que la petite fille du duc de Bourgogne avait hérité de son aïeul l'amour des belles choses.

 

 

Portail de l’église

 

 

 

 

Le grand portail

 

  

    Sur le trumeau, au milieu du tympan, on trouve une représentation du Christ entièrement nu, couronné d'épines, les mains liées d'une longue corde traînant jusqu'à terre, qui vient s'enrouler dans les pieds et assis sur sur une pierre couverte d'une draperie. Cette maniére de figurer le Christ doit, d'après M.E. Mâle, être distinguée de l'Ecce Homo; c'est le Christ attendant le supplice et que l'on appelait autrefois le "Dieu de Pitié". Celui-ci peut compter parmi les plus beaux qui nous soient parvenus.

 

    Le nu y est traité avec une véritable science, la pose est naturelle et pleine d'aisance, mouvementée sans recherche. Si la figure n'est pas d'une grande distinction, avec quel soin n'est-elle pas étudiée! Elle exprime un sentiment profond et saisissant de résignation dans la douleur. C'est une oeuvre vraiment magistrale.

 

    Dix statues debout sont alignées le long des piédroits de la porte et des deux contreforts, cinq figures de saints à la droite du Christ et cinq figures de saintes à la gauche.

 

 

 

 

 

A la droite :

 

1) Saint Pierre, patron de la paroisse, aux cheveux et à la barbe crêpés que l'on donne d'ordinairement au prince des Apôtres et qui tient des deux mains une énorme clef.

 

2) Saint Antoine, le visage orné d'une longue barbe et tête nue comme on le représentait toujours à cette époque. Il porte l'habit des religieux de Saint Antoine du Viennois. Il tient d'une main un livre ouvert et de l'autre une patenôtre (une sorte de chapelet). Il s'appuie sur une béquille qui symbolise le soin des malades qui était la principale occupation des religieux Antonins. Il a à côté de lui le cochon, son populaire compagnon, rappelant le privilégie des religieux de cet ordre de laisser leurs porcs divaguer dans les rues des villes du Moyen Age. Il marche enfin sur les flammes parce qu'il était souvent invoqué pour la guérison d'une maladie de peau appelée le "feu St Antoine" ou le Mal des Ardents que les Antonins faisaient particulièrement profession de soigner.

 

3) Saint Adrien, Soldat du temps de l'empereur Maximien, il est costumé comme un chevalier contemporain de Louis XII. Son attitude fière et martiale contraste avec les poses plus calmes et plus religieuses de ses voisins. Sous le bras gauche il tient l'enclume sur laquelle il eut les cuisses brisées. A ses pieds, un lion qu'on lui donne aussi généralement comme attribut pour symboliser l'énergie de son caractère.

 

4) Saint Jean l'Évangéliste.

 

5) Saint Jean-Baptiste avec un manteau en poil de chameau et portant sur sa main l'agnus Dei.

   

 

 

Portail de l’église

 

 

 

 

 

 

A gauche du Christ :

 

1) Sainte Anne, habillée à la façon des femmes âgées ou plutôt des veuves. Son visage plein de caractère s'encadre d'une guimpe et d'un voile. Elle appuie la main droite sur l'épaule de Marie enfant, debout devant elle, la tête découverte et les cheveux flottants.

 

2) Sainte Marguerite. Elle sort du dos du dragon qui l'avait dévorée. Ce monstre a des ailes de chauve-souris et des pieds à griffes et une tête qui ressemble à une tête de veau. Cette statue est remarquablement belle et d'une conservation parfaite.

 

3) Sainte Catherine. Suivant la tradition ses vêtements sont d'une très grande richesse comme il convient à la fille du roi. Elle s'appuie sur la poignée d'une épée nue rappelant qu'elle a eu la tête tranchée. Elle foule aux pieds le philosophe Porphyre dont elle confondit la science. A côté d'elle est la roue qui se brisa lorsqu'on voulut l'y attacher pour son supplice.

 

4) La place suivante était vide, on a fait exécuter par Caudron, pour la remplir, on ne sait trop pourquoi, une Sainte Jeanne accompagnée d'un agneau et qui représenterait l'épouse de Clusa, l'intendant d'Hérode.

 

5)Sainte Barbe. Il ne subsiste malheureusement de la statue primitive que le torse et la partie haute de la tour qui lui sert d'attribut et ne laisse aucun doute sur son identité. Tout le reste est l’œuvre du restaurateur moderne et ne lui fait pas honneur.

 

    Dans les "écoinçons" formés par le cintre de la porte, on voit à droite et à gauche deux statues plus petites posées sur des culs-de-lampe sculptés dont l'une à la gauche du spectateur représentant la vierge Marie et l'autre à la droite du spectateur l'Archange Gabriel venant lui annoncer qu'elle serait mère du Sauveur. En un mot ces deux statues figurent le groupe de l'annonciation. Au-dessus du cintre du portail, une grande sculpture occupant toute la largeur entre les deux contreforts est la partie sinon la plus belle, du moins la plus originale de cet ensemble. On y a représenté dans un arrangement assez confus divers sujet de la Genèse. On peut y distinguer deux grands sujets, séparés par la pointe de l'accolade qui surmonte la porte.

 

 

 

 

    A la gauche du spectateur le premier grand sujet représenté Adam et Ève expulsés du Paradis. L'enceinte du Paradis avec ses courtines crénelées, sa porte flanquée de deux grosses tours cylindriques avec lucarnes et mâchicoulis ressemble à l'enceinte fortifiée d'une ville. De cette porte un ange enveloppé d'une ample tunique brandissant une épée flamboyante pousse violemment Adam qui cherche à résister. Ève est déjà sortie. Par-dessus les remparts du Paradis on aperçoit comme dans le lointain un sujet à petite échelle représentant la faute d'Adam et Ève. Tous deux sont debout de chaque côté de l'arbre autour duquel est le serpent à buste de femme. Ève tend la main vers Adam qui porte vivement la sienne à sa gorge comme s'il était étranglé.   

 

    A la droite du spectateur le deuxième grand sujet représente Adam et Ève au travail.

 

    Au milieu d'une campagne rocheuse flanquée d'arbres et où circulent quelques animaux, une licorne, un chameau, un éléphant portant une tour sur le dos, Adam bêche la terre, Ève assise à côté de lui travaille à une pièce d'étoffe, Caïn et Abel, enfants, entièrement nus, semblent converser avec eux.

 

    Au-dessus de cette scène trois sujets à plus petite échelle occupent tout le haut :

 

1) Adam et Ève se reposent en famille après le travail. Sous une sorte de hutte couverte en chaume, les deux enfants semblent jouer, Abel, est dans une corbeille. Adam et Ève sont assis en dehors de la hutte. Adam semble tresser quelque ouvrage de vannerie, Ève file;

 

2) Le meurtre d'Abel : au milieu d'une forêt Caïn assomme son frère à coups de bâton;

 

3) La tour de Babel. Des maçons travaillent à un édifice considérable garni de tours, de meurtrières et de mâchicoulis, les uns taillent la pierre, d'autres la posent, d'autres apportent le mortier. Cet immense "tableau de sculpture" fait penser au grand tympan de l'église de la Neuville-sous-Corbie. C'est comme une extension du même parti décoratif.

 

 

 

 

L'Oratoire d'Isabeau d'Ailly.

 

L’Oratoire d’Isabeau d’Ailly

 

    A la gauche de tout cet ensemble formé par le portail central et faisant manifestement corps avec lui, un des morceaux les plus remarquables de toutes cette sculpture est formé par ce qu'on appelle dans le pays l'oratoire d'Isabeau d'Ailly où celle-ci s'est fait représenter elle-même en donatrice de l'église. Elle porte le costume du temps de Louis XII : une longue et ample robe aux larges manches et la petite coiffe si élégante dans sa simplicité et sa modestie charmante à laquelle Anne de Bretagne a donné son nom. Elle est agenouillée, les mains jointes et dans un recueillement profond devant un prie-Dieu couvert d'une draperie et d'un coussin, le visage tourné vers le Christ de Pitié et des saints personnages qui l'entourent. Sa robe s'étend derrière elle en une traîne fort aristocratique sur laquelle un petit chien est familièrement couché.

 

    A ses côtés se tient sa patronne, Sainte Elisabeth (Isabeau = Élisabeth). Il s'agit de Sainte Élisabeth de Hongrie, portant la guimpe et un habit qui, malgré l'ampleur de ses draperies, ressemble à un vêtement religieux avec sur la tête une couronne que le voile recouvre. En lui donnant le type d'une femme âgée, très beau d'ailleurs, le tailleur d'images a commis un anachronisme car Sainte Élisabeth de Hongrie est morte à 24 ans. 

 

    Malgré la beauté des autres parties du portail, ce groupe d'Isabeau d'Ailly et de Sainte Élisabeth en est la pièce principale. Il dépasse de beaucoup tout le reste par sa haute valeur artistique qui en fait une oeuvre de tout premier ordre a figure calme et pourtant finement expressive et bien personnelle de la priante est certainement un portrait. Son attitude droite, comme il convient à une femme de qualité, mais sans raideur, est d'une vérité, d'une correction et en même temps d'une noblesse absolument saisissante. Les plis de sa robe à larges manches et les retombées de sa coiffe s'arrangent avec un art, une aisance, une élégance incomparables. Et quel beau geste de bonté protectrice et condescendante dans Sainte Élisabeth, aristocratique elle aussi, mais avec en plus la dignité supérieure que lui confére la sainteté! Abstraction faite de la légère inexactitude historique concernant l'âge prêté à Sainte Élisabeth, combien ce cops fatigué par les ans et doucement incliné, combien ce visage ridé, ces traits accentués font opposition avec le ferme maintien de la dame de Mailly et la jeunesse de son visage. Comme ces deux personnages sont vivants dans leur calme et leur retenue tout sculpturales!

 

    Les deux personnages sont abrités sous une tente dont deux anges relèvent les courtines. A la base de la couverture conique de la tente se développe une frange où est brodée en lettres capitales  la devise "TOUT POUR LE MIEUX".

Au-dessus on distingue les armes conjuguées de la maison de Mailly et de la maison d'Ailly.

   

    Sur la portion de la façade faisant pendant, à la droite du spectateur, à l'oratoire d'Isabeau d'Ailly, une petite niche renferme une statuette de Sainte dénuée de tout attribut permettant de l'identifier.

 

    

 

Oculus vue de l’interieur.

 

 

    Au-dessus du portail s'ouvre un "oculus" qui n'a extérieurement rien de remarquable mais qui présente cette particularité assez peu commune d'être entouré intérieurement d'une suite de petits sujets représentant diverse scènes de la Passion. Ces groupes sont après Isabeau d'Ailly ce qu'il y a de plus intéressant.

 

 

Intérieur de l’église.

 

(Éléments parues dans "la Picardie historique et monumentale")

 

 

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